Céline Perruche - Rédac Chef #1

par Emmanuelle Christ

Longtemps rédactrice en chef Beauté dans divers féminins (Jalouse, Biba puis Grazia) elle participe ensuite, en 2013 au renouveau de LUI. Céline Perruche, co-rédactrice en chef de cet emblématique magazine masculin répond à nos questions.

Quel a été ton parcours dans le monde de la presse ?

Premier job à la radio chez Générations, puis chef de Rubrique Culture et Société chez Tribeca, puis Perso et DS. C'est effrayant, tous ces magazines ont disparu... J'ai ensuite été rédactrice en chef beauté pour Jalouse, Biba et enfin Grazia dont j'ai participé au lancement. Après 5 ans, j'en suis partie pour LUI. Aujourd'hui je partage la rédaction en chef de LUI avec Florence Willaert.

Quelle est la journée type d'une rédactrice en chef ?

Il n'y a pas vraiment de journée type et c'est justement ce qui me plaît. Shootings, conférences, rendez-vous, défilés, voyages, interviews, échanges avec les pigistes, ré-écriture, travail des angles, et beaucoup d'imprévus... Aucun jour ne ressemble à l'autre. Je trouve ça très excitant.

Que préfères-tu dans ce job ?

Le travail créatif (trouver des idées, créer des images, jouer avec les mots...), et le travail en équipe. J'adore l'émulation produite par une bonne équipe, quand chacun, du DA au journaliste, de l'iconographe au maquettiste, du styliste au secrétaire de rédaction, apporte son énergie, ses solutions, son regard... c'est rare, mais quand ça fonctionne, c'est magique. Les mauvais côtés sont surtout liés à l'état de la presse. La pression que cela implique et la gestion des angoisses des uns et des autres.

Travailler dans un féminin ou un magazine masculin tel que LUI, c'est très différent ?

C'est différent dans la mesure où il y a encore beaucoup de choses à inventer dans la presse masculine, c'est beaucoup plus ouvert, plus frais, ça se prend moins au sérieux. Mais surtout, paradoxalement, sans jeu de mots, je trouve la position des femmes dans LUI beaucoup plus moderne et forte que dans la plupart des féminins. Lire des papiers sur comment garder son mec ou faire un brushing parfait, ça me paraît vraiment d'un autre temps.

Qu'y a t'il dans/sur ton bureau ?

Notre bureau est installé dans un appartement à Saint-Germain des Près. Pas de badge, pas de cantine, pas d'immense building en banlieue. Je mesure ma chance. La rédaction est un joyeux bazar, on est un peu les uns sur les autres, c'est plutôt rock'n'roll, mais ça me va très bien.

Ta pire gaffe pro ?

Transférer un mail en faisant un commentaire vraiment acerbe, et me rendre compte que je l'avais en fait renvoyé à l'expéditeur...

A propos des voyages de presse, aurais-tu une anecdote à nous raconter ?

Mon plus beau voyage... Le lancement du parfum “Un Jardin après la mousson” en Inde avec Hermès. En plein Kerala, un dîner merveilleux à bord d'un petit rice boat à peine éclairé à la bougie une nuit de lune rousse au milieu d'un lac dans les backwaters. Le bruit des animaux et la vaisselle en argent arrivée par cargo... Le luxe ultime.

Quelle est la couverture, série ou photo dont tu es vraiment la plus fière ?

La couverture et la série de Rihanna par Mario Sorrenti pour LUI. Une réinterprétation d'une ancienne couverture. J'adore la lumière, les couleurs, c'est ultra pop, sexy, vintage et hyper moderne. Une claque.

Inspiration couverture LUI : Rihanna par Mario Sorrenti

Quelle a été ta plus belle rencontre professionnelle ?

Eric Beckman. J'ai commencé à travailler avec lui il y a quinze ans, il était Directeur Artistique de DS, j'avais 23 ans, j'étais une toute jeune chef de rubrique. On s'est retrouvé pour monter Grazia, puis LUI. On a la même culture visuelle, le même humour douteux, la même énergie... on se comprend sans se parler. C'est comme un grand frère. Il est tellement créatif, alerte, rapide, toujours de bonne humeur que je sais que s'il fait partie de l'équipe, je peux y aller les yeux fermés, on va faire des choses bien et surtout, on va s'amuser.

Tu as participé à plusieurs lancements de magazines (Grazia, Lui)... qu'en retiens-tu ?

Il n'y a rien de plus excitant. Constituer une équipe, trouver ensemble un ton, une identité visuelle, un rubriquage... Ecouter son instinct, angoisser, se demander si ça va marcher, se faire juger... Ce sont des moments rares et extrêmement stimulants. J'espère avoir à nouveau la chance de connaître ça.

Voici la question que Stéphane Saclier souhaite te poser : “Céline, si tu devais créer une version féminine du magazine LUI, comment l'appellerais-tu ? Aurais-tu envie de montrer des hommes nus ou en sous-vêtements ?”

Pour moi LUI, tel qu'il est, est déjà un très bon féminin. Il est d'ailleurs lu par beaucoup de filles. Des filles qui n'attendent pas d'un magazine qu'il leur dicte comment vivre leur vie, mais qu'il leur montre ce qui se passe autour d'elles. Pas d'injonction, mais du ton, de l'info et du divertissement. Des garçons dénudés, pourquoi pas, mais l'exercice est difficile, il faudrait que ce soit très naturel et spontané, pas trop parfait, parce qu'un garçon qui pose c'est quand même tout sauf sexy.

Qui nomines-tu pour la prochaine interview ?

J'aimerais nominer Alexandra Bernard Rédactrice en chef mode de GRAZIA, et lui demander : “Si tu n'étais pas tombée dans la Mode, qu'aurais-tu fait d'autre ?”

Septembre 2015

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“Lire des papiers sur comment garder son mec ou faire un brushing parfait, ça me paraît vraiment d'un autre temps.”